Articles à la une by Turquoise magazine

Le combat de Catherine Chabaud : De navigatrice à députée européenne

L’Océan est un bien commun de l'humanité

1 BIS

Grande, blonde, élancée, le sourire de Catherine Chabaud illumine son visage, et la voix est douce et posée. Que de chemin parcouru depuis la compétition océanique jusqu’au Parlement Européen, mais la cause est la même. Sa plus grande fierté de compétitrice est d’avoir été la première femme à boucler un tour du monde sans escale et sans assistance. C’était à l’occasion du Vendée Globe 1996/1997. Elle naviguait sur un bateau qui a joué un grand rôle dans sa vie, l’ancien voilier de Jean Luc Van Den Heede avec lequel il avait terminé troisième puis deuxième des deux premiers Vendée Globe. Un bateau devenu une légende, surnommé « le Cigare Rouge » du fait de la couleur de sa coque et de son étroitesse. Un lutteur construit pour affronter les vagues immenses des Quarantièmes Rugissants dans les mers de l’autre côté du monde. La foule, l’émotion, les pleurs de joie de retrouver la famille et les amis après de longs mois en mer sont à l’arrivée aux Sables D’Olonne. L’émotion et déjà le constat de l’état de la pollution des océans autour de la planète. Grosse déception au Vendée Globe suivant celui de 2000/2001, elle démâte pas très loin de l’arrivée sur son Whirlpool, ce qui la met hors course, dure loi du règlement. Après quatorze traversées de l’Atlantique, dont deux transats anglaises et une Route du Rhum en solitaire, elle décide d’arrêter la compétition en 2002 et de reprendre sa casquette de journaliste. Catherine Chabaud qui fut rédactrice en chef de la revue Thalassa, revient à son premier métier. L’idée de ce retour est de faire passer un message au sujet de l’état des eaux du globe qu’elle a noté en naviguant. « Je ne cherchais pas seulement à dire ce qui ne va pas, explique-t-elle, mais je cherchais à trouver des solutions  ».

De 2000 à 2005 Catherine Chabaud anime des émissions et chroniques traitant de l’environnement sur Europe1. L’été, elle remplace Jacques Pradel. Elle réalise également des documentaires sur le développement durable. Ce sont ces séries qui attirent l’attention de Jean-Louis Borloo alors ministre de l’Ecologie. En 2008, il lui confie une mission justement sur le développement durable et en 2009 il lui demande de participer au Grenelle de la mer. De 2010 à 2015, elle siège au Conseil Economique Social et Environnemental, où elle est rapporteur d’avis sur les océans et les matériaux biosourcés. La politique est venue à elle insensiblement, au fur et à mesure de ses engagements.

« Après le Grenelle remarque la navigatrice, j’ai fondé la plateforme Economie et Climat, et après le Conseil Économique Social et Environnemental, Ségolène Royale me propose en 2016 d’être Déléguée à la Mer et au Littoral auprès de son ministère de l’Environnement. J’ai quitté ces fonctions fin 2017. C’est à ce moment que j’ai lancé un appel pour que l’océan soit reconnu comme un bien commun de l’Humanité. »

Engagée auprès de multiples institutions Catherine Chabaud est nommée Capitaine de Frégate dans la Réserve Citoyenne de la Marine et s’engage auprès de la SNSM et de l’Agence des aires marines protégées. Elle a été marraine de l'association Mécénat Chirurgie Cardiaque jusqu’en 2015. Alors la députation européenne dans tout ça ?
« Depuis 2004, explique-t-elle, on me l’a proposé trois fois, j’ai toujours refusé. En réalité, je suis engagée dans la préservation de la mer depuis 2002, depuis que j’ai décidé de raccrocher la compétition. Depuis je m’intéresse aux bateaux éco-conçus, au voilier du futur ».
Après un long cheminement, la quatrième proposition en 2019 sera la bonne. « C’est François Bayrou qui me fait la proposition au nom du MODEM, faisant valoir que l’Europe est un bon échelon pour la défense de la mer, commente Catherine Chabaud. J’ai pris conscience de l’importance de l’Europe en courant pendant plusieurs années Le Tour de L’Europe faisant escales dans les pays européens. Le bon moment était venu en 2019, il y avait urgence pour l’océan et urgence pour l’Europe »

Quelle est le quotidien de Madame la Députée Européenne appartenant à la commission pêche et relations avec les pays en voie de développement ?

« J’ai un travail d’amendement, précise-t-elle, si par exemple on parle de la forêt, j’étends à la mangrove, forêt maritime. Bien sûr je travaille avec la commission et mes autres collègues à qui j’essaie de transmettre la bonne parole. Je fais du lobbying en faveur de la mer lance-t-elle en riant ». Et elle ajoute « Il faut plus de recherche, plus de préservation des océans en réduisant les plastiques et les eaux usées, plus de réduction des gaz à effet de serre absorbés pour un quart par les océans. »

Vaste programme !
Son message est de rester optimiste, cependant il faut accélérer la transition écologique. Ce n’est pas seulement aux états de se mobiliser, mais aussi à tous les citoyens. Il en va de la responsabilité de chacun. Si le Parlement Européen l’occupe à plein temps Catherine Chabaud, maman d’un garçon mesurant un mètre quatre vingt à quatorze ans dont elle se montre légitimement fier, elle n’en garde pas moins une place pour le bateau de sa vie, le fameux cigare rouge. Son mari Jean-Marie l’a racheté à l’état d’épave et l’a restauré merveilleusement. Il a même couru la Route Rhum 2018 à son bord. « Ce n’est pas un professionnel de la mer, apprécie Catherine, il a fait une belle course ajoutant en confidence, c’est Jean Luc Van Den Heede qui nous a présenté ! »

Par Christian Bex

2 BIS

Catherine Chabaud is an outstanding sailor who has successfully used her talent and knowledge to defend the sea, which she has always loved, and she dedicates her time and energy to the causes she holds dear. Catherine Chabaud above all has an incredible racing background and was the first woman to circumnavigate the world non-stop without assistance during the Vendée Globe in her boat “Porte-bonheur” which has since become a legend, a star of the Seas, and which marked her history as a sailor and as a woman. However after 14 Atlantic crossings including two single-handed English transatlantic races and one Route du Rhum, her thirst for adventure and victories was thoroughly quenched and she ended her career as a solo yachtswoman and returned to her first calling as a journalist in order to defend the sea though her brilliant, easy and free writing style. She has had different roles : as a chronicler on Europe 1, an environmental documentary maker, a political role with the Le Grenelle de l’environnement multi-party roundtable on environmental issues as well as lobbying different Ecology Ministers, with the same leitmotif : defending the environment, the sea and the oceans. She wants to convey a positive message about the sea and the environment so that people become aware that is not only up to States to protect our “blue planet” but it is also a citizen responsibility which depends on all of us, at our own small level. A fascinating story about the sea and its preservation which she continues to write with her two feet firmly on the ground.