Articles à la une by Turquoise magazine

Jérémie Beyou : Le Vendée Globe dans la tête

Au coeur de l'été, à quelques mois du départ du Vendée Globe 2020/2021, Jérémie Beyou l'un des grands favoris de la neuvième édition décompresse.

1 BIS

Il s'adonne au golf, un des sports favoris des marins, certainement à cause de la verdure et du calme des pelouses qui les changent des étendues océaniques liquides tumultueuses. « Je n'en suis qu’au stade débutant, reconnaît Jérémie, mais je progresse en vitesse de frappe et en distance. Et puis c'est bon pour la concentration ». La parenthèse golf terminée, il reprend l’entraînement en mer sans désemparer. L'enjeu cette fois-ci est énorme. II dispose d'un bateau au sommet de la technologie, un monocoque IMOCA de 18 mètres appartenant à la dernière génération, construit autour de ses foils et patiemment préparé. Son voilier Charal est une machine de guerre. Sa peinture et ses voiles noires lui donnent un côté Dark Vador !
« C'est ma quatrième participation, confie le navigateur, les trois précédentes, ma préparation était un peu juste, trop dans l'urgence. Cette fois, mon sponsor Charal m'a permis de disposer du temps nécessaire ». Son bateau a été mis à l'eau en 2017, la Route du Rhum 2018 qui se solde par un abandon sur casse lui a permis d'essuyer les plâtres d'un voilier neuf devant être fiabilisé à travers les avaries successives. C'est le processus classique. « Du temps est nécessaire afin d’y parvenir, dit-il, et je l'ai eu ». Longtemps en tête de la Transat Jacques Vabre 2019 en double avec Christopher Pratt, Ils se font prendre dans les calmes du pot au noir. « Nous aurions pu gagner, lance Jérémie, mais depuis je n’ai aligné que des premières places ou des podiums ». La dernière victoire en date de Juin 2020, sur la Vendée Race Arctique en solitaire dans l'Atlantique nord, lui met du baume au coeur et renforce la confiance à quelques mois du grand départ. « C'est bon pour le moral, reconnaît-il, j'étais aux avant-postes tout le temps. Je me sentais bien sur le bateau ».

Son IMOCA 60 appartient à la génération des bateaux volants grâce à leurs foils, ces énormes moustaches courbes sur les flancs, qui leur permettent de sortir la coque hors de l'eau. Avec mon équipe nous avons beaucoup travaillé sur les foils, révèle-t-il. Pour le Vendée Globe, j'installe une nouvelle version, la troisième paire depuis la mise à l'eau. J'ai aussi modifié l'étrave, la découpe des voiles et modernisé l’électronique. J'ai également adapté l'ergonomie, ce sont des bateaux violents et rapides, des bateaux parfois effrayants. Je dois l'avoir à ma main afin de me sentir à l'aise ».

La bonne question est de savoir où se situe le curseur. « L'essentiel est de savoir si on dépasse les limites du bateau et si on va tout casser, ou si on est en train de s'endormir, explique-t-il. Malgré l'électronique, le feeling demeure important ». Le skipper représente le maillon faible, il est soumis à la fatigue, alors que la machine peut tenir son rythme longtemps. « Il faut sans arrêt être dessus pour aller vite. La tension est différente en vol ou pas, avoue-t-il ». C'est un art d'équilibriste quand le bateau est en l'air sur un foil à 35 noeuds, près de 70 km/h. « c'est un stress maximum sur ces bateaux volants à 100% comme Charal pour garder une vitesse stable. Du coup, la préparation physique est exigeante si on veut tenir la cadence. La musculation prend une place primordiale. Tenir des vitesses de 30/35 noeuds est épuisant physiquement et psychologiquement ». Les performances en réalité sont limitées par l'état de la mer. « Pour atteindre une vitesse de 30 noeuds explique Jérémie Beyou, il faut un vent de 30 noeuds, et à cette force en général la mer est grosse, donc difficile d'utiliser les foils au risque de tout casser ». La meilleure tactique de navigation avec ces monocoques à foils nécessite plutôt de rechercher des vents moyens entre 23 et 27 noeuds afin de bénéficier d’une mer pas trop forte permettant l'utilisation des foils. « Nous traçons une route qui tient compte de la force des vents, je préfère trouver des vents autour de 15 noeuds qui permettent d'exploiter les foils. La différence se fait là, ajoute le skipper. L'écart de vitesse entre foil ou pas foil est de 3 à 4 noeuds. Un autre monde ». Appendices immergés, les foils sont bien sûr une source de fragilité, ils peuvent taper une épave, risque accru par un bateau qui va plus vite et qui cogne plus fort dans les vagues. Les structures doivent être renforcées sans alourdir l’ensemble. « Mon bateau est magnifique, s'extasie Beyou, skipper solide au palmarès bien rempli avec 3 victoires en Solitaire du Figaro entre autres, une victoire en Transat Jacques Vabre avec Jean-Pierre Dick et une victoire dans la Volvo Ocean Race autour du monde en équipage. J'ai le voilier de mes ambitions ». Quoiqu'en pensent ceux qui disent que les progrès de l'électronique et les moyens de communication ont tué l'aventure, il faudra s'accrocher. Les concurrents sont nombreux. « La différence se fera sur la résistance, insiste Jérémie Beyou, la limite est humaine et non mécanique ! »

Par Christian Bex

2 BIS

At the dawn of the ninth Vendée Globe round-the-world yacht race, Jérémie Beyou, an experienced skipper with countless victories is preparing his 4th participation and is one of the favourites to win the 2020 race. The pressure is on, and he tries to liberate it on the golf course, which is good for his concentration. The challenge this year is enormous. His boat Charal is at the cutting-edge of technology, an 18 meter IMOCA class monohull, painstakingly prepared as a war machine, a Dark Vader of the seas, designed for victory. A generation of flying boat which thanks to their enormous moustached shaped foils on the sides, can leave the leave the water, making it a violent, fast even terrifying boat. The preparation is an enormous part of the challenge to be able to handle the boat and feel at ease with it … The perfect combination of electronics and seamanship. It requires the art of a tight rope walker to sail a flying boat on its foils which can reach speeds of almost 70km/h. Jérémie Beyou will have to maintain his rhythm on this ninth Vendée Globe, which is always subject to sea conditions and the strategic course plotted in relation to the winds. There is no doubt that he will have to get stuck in again this year because the difference will turn on who is the toughest competitor, as Jérémie says, “the limit is human and not mechanical”.