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Andrée Anselmi profondément humaine

Une vie de rencontres et de bonheurs quotidiens étroitement liée à sa cité bien aimée de Saint-Tropez

A qui sait écouter, chaque vie est passionnante car il n’existe pas de vie ordinaire. Au gré des rencontres on ouvre parfois les portes de souvenirs brillants d’un éclat unique. C’est le cas avec Andrée Anselmi, qui m’a fait la joie de feuilleter l’album d’une vie, sa vie.

4ème génération de ramatuelloises de sa famille, Andrée Anselmi, née Robert, voit le jour à Saint Tropez. Militaire et breton, son père Jean viendra de son Dinan natal en 1940 passer la guerre au phare de Camarat. Une guerre qui lui offrira le plus beau des cadeaux, son épouse Louisette. La petite Andrée passera son enfance entre Bretagne et Provence, où les vacances à la ferme de ses grands-parents à Ramatuelle resteront gravées dans sa mémoire comme une des plus belles périodes de sa vie « On avait trois mois de vacances l’été avec ma sœur mes frères et mes cousins et cousines, on se levait à 4h du matin avec mon grand-père Aimable, on déjeunait sur la plage déserte de Pampelonne avant de chercher les vers dans le sable pour aller à la pêche. J’aimais quand on allait à St Tropez, car grand-père sortait la cariole tirée par Bobby le percheron gris. A la maison on prenait l’eau au puits, se lavait tous dans le lavoir, et faisait nos besoins dans un seau. Le bonheur ! » La maison était posée entre les vignes et un grand potager de maraichage, non loin de la plage « On apportait les légumes qu’on ramassait au car qui les descendait à Saint Tropez. On en vendait aussi dans les campings, et je revenais toujours le panier vide. » Une merveilleuse enfance dorée, simple et joyeuse qu’elle évoque avec des étoiles dans les yeux.

Une jeunesse pétillante dans la cité

A 18 ans, quand son grand-père disparaîtra, Andrée viendra habiter la maison de Ramatuelle avec sa grand-mère. Elle saisira l’opportunité d’entrer comme préparatrice à la pharmacie de Saint Tropez pour passer son diplôme et profiter d’une jeunesse joyeuse entre parties de boules sur la place des Lices et soirées chez Palmyre à danser au son du panio mécanique au milieu des artistes yéyés de sa génération. Tout le showbiz fréquente la citée du Bailly où Jean Marie Rivière animait la place des Lices avec les célèbres frères Bain. La belle époque pour Andrée qui rencontre Jean, un beau pêcheur footballeur, tropézien depuis six générations, qu’elle épousera en 1964 à la Chapelle Saint Anne. Ils auront deux fils, Jean Marie et Jean Christophe, des jumeaux qui resteront tropéziens et deviendront bravadeurs comme leur père.

Elle changera de pharmacie avec une parenthèse de 6 mois à la réception du Yaca. Une vie de rencontres et de bonheurs quotidiens tant dans son travail que dans sa cité. Trop vite les enfants grandissent, ont besoin de faire des études, alors sans quitter la pharmacie, le couple prend un gardiennage pour pouvoir leur offrir le meilleur. C’est là qu’elle entre dans l’intimité de Jacqueline Cormier, productrice de théâtre, une femme généreuse qui a compté à Saint Tropez et dans sa vie. Des anecdotes elle en a cent et mille avec Brigitte Bardot, Enrico Macias, Jean Poiret et Caroline Cellier, Mireille Darc, Jacqueline Maillant, Thierry Le Luron, Josiane Balasko, Jacques Villeret, Françoise Fabian, Jeanne Moreau, Jean-Claude Brialy, Sylvie Vartan et Johnny… la liste serait trop longue et on en oublierait sans doute ! Des souvenirs drôles, émouvants, pimentés ou tendres, qui font briller ses yeux mais ne franchiront pas la barrière de ses lèvres empreintes des secrets dont elle se fait la gardienne. Le silence est une règle d’or qu’elle tient de ses parents qui furent les gardiens de la maison des parents de Brigitte Bardot.

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La vie était douce à la villa pour tous les quatre. Son mari conduisait les invités, les emmenait à la pêche ou sur le riva, ses fils jouaient au tennis ou aux boules avec tous ces gens qui paraissent si inaccessibles et sont pourtant si normaux avec leurs travers humains « Une belle période de ma vie même si ce n’était pas tous les jours facile. J’ai appris beaucoup, ce qu’étaient les belles choses, les belles tables, savoir recevoir. » Des grands moments de bonheurs, mais aussi de malheurs quand Jacqueline Cormier perdra son fils et finira par vendre la villa en 1990. Une page se tourne lui laissant des souvenirs précieux et indélébiles « On a vécu dans sa lumière toute une période de notre vie. Tout était magique chez Jacqueline Cormier. »

Le social ça se fait dans la discrétion »

Elle entre alors dans une période plus sage de sa vie. Tout le monde la connait et elle connait tout le monde. Andrée devient déléguée à la Croix Rouge en 2002. Intégrer le conseil municipal en 2008 est une évidence pour celle qui veut maintenant se mettre au service des autres. Elle est élue au côté de Jean Pierre Tuveri au poste d’adjointe en charge du social, et son premier bureau sera au 4 rue Saint Esprit, précisément là où le premier Anselmi arrivé d’Italie a posé sa valise. « Le social ça se fait dans la discrétion. Aujourd’hui j’ai choisi l’engagement pour les autres, ça demande de la modestie. On se met à la disposition des gens. » Elle est particulièrement vigilante envers les vieux tropéziens. Avec son réseau elle essaie de savoir qui des familles monoparentales et des gens ont besoin d’aide. « Etre élue c’est donner avec humilité, les « moi je » ce n’est pas mon truc, ça serait humiliant pour ceux qui reçoivent ! » Elle apprend à offrir de l’aide comme si elle demandait un service pour préserver la dignité des gens, et découvre de nouvelles compétences pour siéger dans les diverses commissions de la commune « Cela m’a donné une ouverture d’esprit différente sur la gestion de la cité. Par contre je n’ai pas cherché de nouvelles relations, je reste fidèle à mes amis de toujours, c’est un choix. » Il faut dire qu’être élue c’est particulier « On est sans cesse sollicité, pourtant ceux qui ont vraiment besoin n’osent pas demander. » Elle est attentive, sait regarder « Mon coiffeur Lucien m’a dit un jour une phrase que j’applique au quotidien : « Regarde les pieds des personnes âgées, on reconnaît tout de suite ceux qui sont dans le besoin. » »

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Après 50 ans de mariage, fière de la réussite de ses fils très proches d’elle, Andrée Anselmi est heureuse de sa vie ici « J’aime mon Saint-Tropez en toute saison, et mon poste d’élue me permet de lui rendre tout ce qu’il m’a apporté. J’ai toujours à faire ici. Même si j’ai aimé vivre ce que j’ai vécu dans celui des années 60 et la période bénie de mon enfance ici avec mes grands-parents, je ne suis pas passéiste, je veux vivre dans le Saint Tropez d’aujourd’hui, qui a avancé avec son époque. » Sans cesse en quête de nouveaux challenges, elle doit encore relever les défis pas toujours faciles que lui lance la vie. Aujourd’hui sa famille est sa fierté, ses cinq petits-enfants, sa petite-fille si courageuse dans l’adversité. Une famille dont elle a décidé d’explorer le passé au travers de ses arbres généalogiques encore à terminer. C’est une nouvelle période qui s’ouvre pour elle, et soyons en sûrs, elle en fera de belles choses.