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Ramatuelle côté flore

Si chacun connaît ses plages réputées de Pampelonne et ses criques enchanteresses aux eaux Turquoise bordées de roches blondes, le village de Ramatuelle est lui aussi un bijou de la presqu’île de Saint-Tropez. Et il y a bien des façons de découvrir ce joyau surplombant la baie et la plaine sur le contrefort du massif du Castellas.

On peut choisir de remonter le temps à travers sa riche histoire médiévale en parcourant les traces du passé laissées à travers les porches, escaliers, placettes et ruelles étroites. On peut admirer son architecture typique des villages méditerranéens en flânant de boutiques d’artisanat en galeries. Il est d’ailleurs bien agréable d’admirer les façades ocres et les volets pastel, de faire une halte à l’église Notre-Dame adossée à l’ancien rempart qui entourait le village, au lavoir de la Font-d’Avaou connu depuis le XVIIe siècle… Mais il y a une autre façon de découvrir Ramatuelle, et c’est celle que je vous invite à suivre à travers une balade botanique ludique et originale mettant tous vos sens en éveil.

Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore

Il faut dire que le village est à juste raison particulièrement fier de sa flore riche et variée qui lui a valu d’être distingué par « Les villages fleuris » de France. Pas moins de 34 spécimens ponctuent les ruelles, jetant une touche de verdure et de couleurs aux belles façades anciennes des maisons du village. Si tout le monde reconnaît aisément les oliviers aux troncs sinueux et au feuillage grisé, la forme effilée des cyprès de Provence, les figuiers aux fruits de miel, les bougainvilliers, jasmins étoilés, chèvrefeuilles et autres glycines de Chine aux floraisons spectaculaires et très parfumées, on croise d’autres espèces bien moins connues à chaque détour de rue. Ainsi, le bureau de l’Office de Tourisme a eu la très bonne idée d’éditer une brochure illustrée répondant aux nombreuses questions que les visiteurs se posaient sur les fleurs et plantes qui explosent avec exubérance en mille couleurs dès le printemps au cœur du village. Dans cette brochure bien détaillée et documentée, les courts textes et les photos permettent d’identifier immédiatement chaque plante localisée sur le plan du village. Mon guide en main, je me laisse porter au gré de mes pas, curieuse de découvertes. On y va…

Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore

En prenant la rue du Moulin Roux je reconnais les grandes coroles des volubilis vivaces au bleu profond, un néflier fruitier roi des jardins de mes grands-parents et un figuier cultivé en Provence pour ses fruits savoureux aux mille grains de miel. Plus loin je tombe sur des arbustes lantana aux fleurs bicolores, un bleu plumbago du Cap aux longues tiges et un majestueux micocoulier aux fruits charnus et, je ne le savais pas, comestibles. Dans la continuité, entre un yucca et un laurier tin, la rue du Centre accueille deux espèces de pittosporum au parfum de fleurs d’oranger : un tobira et un nain. Plus loin je m’enivre du parfum sucré d’un chèvrefeuille, et découvre des portulacaria afra appelées aussi « plante de jade » qui fleurissent l’hiver, un aloe avec ses petites dents pointues caractéristiques et aux vertus médicinales reconnues trône devant une jolie façade. Il y a aussi un faux « petit houx » aux baies rouges toxiques nommé fragon, un superbe solanum jasminoides aux fleurs et feuillage délicats, un laurier, un magnolia aux grandes fleurs en tulipe, et un spectaculaire bougainvillier violet retombant gaiement. J’enchaine par la rue des Sarrasins où pas moins de seize espèces se côtoient dans un joyeux mélange de couleurs et de senteurs : polygala, crassula ovata, la cascade exubérante d’un bougainvillier rouge et un nouveau chèvrefeuille parfumé, un palmier des Canaries avec sa tête couronnée, un buis persistant dont les fleurs sont très appréciées par les abeilles au printemps, un cycas originaire du Japon, et un jasmin précédé de son parfum inimitable, comme la vénérable glycine de Chine aux longues grappes de fleurs mauves et au feuillage touffu. Plus loin, des hortensias et un camélia exposent leurs fleurs roses, et une belle vigne vierge grimpe à l’assaut d’une façade claire. Je fais des pauses gourmandes, le temps de manger une glace artisanale sous l’olivier de la place Gabriel-Péri ou sous celui de la place de l’Ormeau, avant de replonger dans cette chasse aux trésors naturels dont je ne me lasse pas.  Entretenue et mise en valeur avec soins, la flore de ce village offre un véritable bonheur des sens et une superbe promenade botanique.

Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore
Ramatuelle côté flore

Le Moulin de Paillas, témoin d’une époque pas si lointaine…

Quand vient le temps de quitter Ramatuelle, je choisis de faire une dernière halte. L’Office de Tourisme m’a conseillé de visiter le Moulin de Paillas à peine à 2 km en empruntant la petite route en direction de Gassin. Une excellente façon de finir cette escapade ramatuelloise par une bonne marche en partant du village et un peu d’histoire. Certes la visite se mérite si l’on décide de monter à pied, mais la nature apaisante qui m’accompagne en chemin est magnifique et la vue spectaculaire.

Les moulins étaient des éléments forts du patrimoine local. Le moulin porte le nom de Jean- Baptiste Paillas, meunier issu d’une riche famille d’agriculteurs ramatuellois. Il a été restauré en 2002 et sa position dominante, au-dessus du village, surplombe toute la côte de Cavalaire à Saint-Tropez. Il faut dire que les bâtisseurs des moulins de Ramatuelle ont su choisir l’emplacement idéal, battu par tous les vents indispensables pour entraîner les quatre ailes déployées de ce superbe moulin à blé. En le découvrant, fièrement posé sur la crète, on plonge dans une autre époque, un temps pas si ancien où les meuniers n’étaient pas que les personnages des Pastorales jouées à Noël sous la nef des églises provençales. Le Moulin de Paillas faisait partie des cinq moulins à vent construits entre le 16ème et 19ème siècle sur le site du Castellas. Des autres moulins il ne reste que des ruines pittoresques disséminées dans la végétation. Indispensables jusqu’à la fin du 19ème siècle, ces moulins à blé ont cessé de fonctionner, peu à peu supplantés par les minoteries industrielles. Pour prouver qu’ils avaient cessé leur activité et ne plus avoir à payer l’impôt, les meuniers ont dû démanteler leurs moulins en supprimant les ailes. Longtemps abandonné aux éléments, il aura fallu plus d’un siècle pour que renaisse l’un des moulins de Ramatuelle. Tout de pierre et de bois, il a été reconstruit à l’identique, d’après un plan datant de 1630. Comme pour la plupart des moulins à vent, le toit pivote pour orienter les ailes face au vent dominant. Son mécanisme est en parfait état de marche et sa lourde meule prête à moudre.

Isabelle Dert