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Laurent Pavlidis : une vie de découvertes et de transmission

Aussi passionné que passionnant, Laurent Pavlidis est un médiateur culturel particulièrement connu par ici. Prenez place à ses côtés, il vous exposera avec toute la ferveur qu’on lui connaît des histoires captivantes issues du Golfe de Saint-Tropez. Historien et Chercheur de métier, il est également Conservateur du Musée d’Histoire Maritime de Saint-Tropez et vous donne rendez-vous en haut de la Citadelle de la ville, là où vous pourrez découvrir mille et une merveilles historiques et maritimes.

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Historien, plus qu’un métier une véritable vocation

A Saint-Tropez, cela fait vingt ans qu’il a pour habitude de partager ses découvertes avec un public friand d’histoire. Responsable de la Citadelle et Conservateur du Musée d’Histoire Maritime, Laurent Pavlidis est un coordinateur hors pair. C’est sous son égide que le projet du Musée actuel, souhaité par le maire Jean-Pierre Tuveri et son équipe, a vu le jour, il y a plus de cinq ans déjà. Un travail collectif important et particulièrement enrichissant, mêlant les compétences de nombreux acteurs. Aujourd’hui, on peut le dire, le Musée est une réussite et compte 100 000 visiteurs par an. « Au quotidien j’encadre l’équipe. Nous essayons de valoriser les collections au maximum, de collecter de beaux objets qui proviennent directement des familles pour la plupart, de les étudier pour enrichir les connaissances d’un Musée qui est aussi un conservatoire de la mémoire. »
Si une grande partie du Musée contient des objets de mémoire, Laurent Pavlidis a pour vocation de raviver leur histoire. En effet, chaque objet présent au Musée raconte quelque chose de singulier. Une vie souvent chargée de souvenirs forts, tantôt heureux, tantôt douloureux mais toujours poignant. Minutieusement, après une investigation digne de ce nom, il est enfin possible de les décrypter, de les reconstituer et de les mettre en lumière comme il se doit. La recherche est un travail quotidien qui demande beaucoup de passion et de patience.
Parce que l’histoire ne le quitte jamais, Laurent Pavlidis est aussi engagé dans la vie associative, au sein de l’association Patrimoine Tropézien mais également chercheur associé à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme à Aix-en-Provence. « Chercheur associé signifie que je participe à des groupes de travail, à des séminaires ou des colloques, ce qui me permets de garder un contact avec le monde de la recherche de façon très officielle. Je ne suis pas enseignant. » Un travail d’une grande richesse où il assure qu’il n’a jamais cessé d’apprendre.
Pendant de nombreuses années, c’est principalement l’histoire maritime, celle des marins tropéziens et la construction navale qui l’ont occupées. Grâce à son Directeur de thèse, Gilbert Buti, la voie lui était ouverte puisque ce dernier avait déjà démontré le potentiel des archives de Saint-Tropez dans sa propre thèse.
Aujourd’hui Laurent Pavlidis travaille sur la fortification française à l’époque moderne et concentre notamment ses recherches sur la zone des Caraïbes, en Haïti. Plus concrètement, c’est aux côtés d’un groupe d’archéologues, d’architectes et d’ingénieurs qu’il participe à la restauration de forts en vue d’un développement économique et touristique d’une partie du pays. « Pouvoir échanger avec d’autres disciplines est un point fondamental. C’est extrêmement enrichissant car habituellement l’historien travaille uniquement sur le papier, les plans, les cartes ou les textes. Ici on croise les sources et les compétences. Nos métiers sont complémentaires. » Laurent Pavlidis est un historien qui aime son métier passionnément, qui se nourrit de découvertes et qui travaille assidûment pour le transmettre avec exactitude au grand public. C’est bien simple, on pourrait l’écouter parler pendant un long moment sans jamais en perdre une miette.

Paysage

En argentine avec letat major de lecole navale sur les traces dHyppolite Bouchard

Saint-Tropez, vecteur de belles découvertes

Très attaché à Saint-Tropez car c’est ici qu’il a pu faire de grandes découvertes et les transmettre, il sait aussi intimement qu’il y fait bon vivre ici et aime particulièrement y travailler. Il assure également que la ville lui est chère car elle est avant tout le berceau de ses nombreuses recherches, notamment celles sur les carrières des marins entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Fasciné par ces hommes de la mer dont il a longuement étudié la vie extraordinaire, à la suite des travaux de Gilbert Buti qui a démontré que 6 à 7 hommes sur 10 de la cité avaient une profession maritime au XVIIIe siècle, Laurent a travaillé sur les marins du XIXe siècle.
De plus, avec une base de données de plus de 300 capitaines au long cours, il a réussi à reconstituer les carrières d’une quarantaine d’entre eux. Un joli exploit dont il peut être fier compte tenu de la complexité du travail que cela représente, puisque chaque carrière révèle à elle seule une myriade de découvertes et d’anecdotes passionnantes. « Ce qui me plaît avec ce type de recherches c’est qu’on est à la fois dans l’Histoire de France et dans la micro histoire, celle d’une seule personne, de ses actes, de ses choix personnels et de ses décisions de vie. On est aussi bien dans ce qui relève de l’anecdote que dans de grands courants économiques ou sociétaux. » Ainsi par exemple, en 2014, il a pu partir en Argentine sur les traces d’Hippolyte Bouchard, un marin de Saint-Tropez né à Bormes-les-Mimosas et l’un des héros de l’Indépendance de l’Argentine. C’est riche de ses voyages au quatre coins de la Terre, de ses rencontres inoubliables menant souvent à des anecdotes fascinantes que Laurent Pavlidis peut désormais penser à demain, avec de nouveaux projets à l’horizon pour probablement d’autres découvertes à raconter.

 

Des rencontres fascinantes et des souvenirs plein la tête

Quand on demande à Laurent Pavlidis si durant sa carrière il a pu avoir des regrets, il nous répond sans l’ombre d’un doute : « il y a plein de choses que je n’ai pas accompli mais je n’ai pas de regrets. J’ai plutôt beaucoup de projets. »
Son projet actuel, qu'il mène en parallèle à son travail à la citadelle, celui dans lequel il s’investit fortement avec son groupe de travail est bien sûr la restauration des forts en Haïti. Une investigation qui donne forcément lieu à de nouvelles rencontres et des voyages comme en témoigne ses photos personnelles. Parmi ces rencontres, certaines l’ont particulièrement marqué, puis il y a ces personnalités qui lui ont beaucoup appris comme Gilbert Buti, son directeur de thèse. Un chercheur varois qu’il nous décrit comme quelqu’un d’une grande gentillesse et d’une rare disponibilité. D’autres comme Nicolas Faucherre, historien spécialiste des fortifications et archéologue avec qui il travaille sur le projet d’Haïti fait également partie de ceux qui l’inspire par leur sincérité et leur envie de transmettre un savoir à autrui.
Enfin, en tant qu’historien, Laurent Pavlidis aime échanger et côtoyer le monde de la recherche afin d’enrichir ses connaissances. Cependant il n’en oublie pas pour autant que la principale différence entre les deux métiers souvent liés reste l’interprétation. Ainsi il conclut : « lorsqu’on qu’un historien s’adresse à un public lors d’une conférence, on se dit qu’il sait énormément de choses. Mais lorsqu’on est chercheur, on sait pertinemment que l’on connaît peu de choses. L’histoire est comme une enquête policière où il faut trouver les indices, les sources et les informations qui sont par nature dispersés. L’idée, qu’on soit chercheur ou historien, est de faire revivre une partie de l’histoire peu ou pas connue du grand public. Le plus grand intérêt c’est de savoir qu’on ne sait pas. »
Souhaitons-lui de ne jamais cesser d’apprendre et d’enrichir nos connaissances encore et encore. A présent on peut le dire, on aurait tous secrètement rêvé d’avoir un professeur d’histoire nommé Laurent Pavlidis sur les bancs de l’école.

Marine Astor